Côté tenue, Perryn privilégie des vêtements pratiques, souvent des tuniques claires renforcées de cuir souple, adaptées au voyage et à l’aventure. Une petite sacoche toujours pleine d’objets improbables pend à sa ceinture — talismans, dés usés, souvenirs sans valeur apparente mais auxquels il accorde une importance particulière. Ses pieds nus ou chaussés de sandales solides, typiques des halfelins, sont étonnamment résistants, capables de le porter sur de longues distances sans faiblir.
Dans son ensemble, Perryn donne l’image d’un aventurier plus chanceux que costaud, mais qu’il ne faut jamais sous-estimer. Car derrière son apparence affable et modeste se cache quelqu’un qui a déjà regardé la mort en face — et qui a décidé, depuis, de lui sourire.
Son visage rond est encadré par une chevelure châtain clair, légèrement ondulée, souvent en bataille comme s’il sortait d’un coup de vent ou d’une nuit trop courte. Ses yeux noisette, vifs et constamment en mouvement, semblent toujours chercher la meilleure opportunité — ou le prochain coup de chance. Ils pétillent d’un mélange de malice et de bienveillance, mais lorsqu’il se concentre ou prie, une ombre plus grave traverse parfois son regard, souvenir de la morsure qui a failli lui coûter la vie.
Une fine cicatrice pâle marque son cou et descend légèrement sur l’épaule, à peine visible sous ses vêtements. Ceux qui la remarquent sentent instinctivement qu’elle n’est pas le fruit d’un simple accident, mais la trace d’un danger ancien et profond. Perryn n’en parle presque jamais, préférant plaisanter ou détourner la conversation.
Sa peau légèrement hâlée, burinée par les voyages, contraste avec ses joues souvent rosies, surtout quand il rit — ce qui arrive fréquemment. Il arbore presque toujours un sourire de travers, moitié bravade, moitié encouragement, comme s’il défiait le destin de le surprendre encore.
Ses mains sont larges pour un halfelin, calleuses, marquées par les routes, les dés lancés sur des tables de taverne et les prières répétées. Il porte à son cou le symbole sacré de Chaldira, simple mais bien entretenu, qu’il touche machinalement avant chaque décision risquée.
Perryn est gutsy jusqu’au bout des bottes. Il n’hésite pas longtemps avant d’agir, surtout lorsque le sort d’autrui est en jeu. Là où d’autres voient un risque insensé, lui perçoit une opportunité : celle que la chance décide enfin de sourire. Cette audace n’est pas de l’inconscience pure, mais une confiance profonde dans le fait que ne rien tenter est le seul vrai échec.
Marqué par une expérience qui aurait dû le tuer, Perryn a développé un optimisme tenace. Il plaisante souvent, surtout dans les moments tendus, non par légèreté mais pour désamorcer la peur — la sienne comme celle des autres. Son rire est une arme contre le désespoir.
Perryn croit sincèrement aux signes, aux présages et aux petits rituels de chance. Il touche son symbole sacré avant un pari risqué, murmure une prière avant un combat, et conserve des porte-bonheur improbables. Pourtant, il reste étonnamment pragmatique : il sait que la chance se provoque autant qu’elle se prie.
Il accorde sa confiance facilement, mais une fois donnée, elle est indéfectible. Ses amis comptent plus que tout, en particulier ceux qui ont partagé ses routes et ses blessures — comme Edouard. Perryn peut pardonner beaucoup, mais trahir un compagnon est la seule chose qui peut vraiment le briser.
Sous son assurance se cache une crainte sourde : celle que la morsure du passé ne le rattrape un jour. Il évite d’en parler et masque cette angoisse derrière l’humour et l’action. Cela le pousse parfois à se jeter dans le danger, comme pour prouver que la fatalité n’a plus de prise sur lui.
Perryn n’est pas rigide face aux règles. Il mentira, trichera ou détournera une loi si cela permet de sauver une vie ou d’éviter une injustice. Pour lui, la chance doit servir les vivants, pas les dogmes. Sa foi en Chaldira est joyeuse, libre, et profondément compatissante.
Perryn Pasdépines a grandi sur les routes, là où la poussière s’accroche aux bottes et où l’avenir se décide souvent sur un coup de dés. Chez les siens, on apprenait très tôt que la vie ne récompense pas la prudence excessive, mais l’audace tempérée par la solidarité. Perryn y développa ce tempérament gutsy, ce sourire face à l’incertain, et cette capacité à avancer même quand tout semblait jouer contre lui.
Cette philosophie fut brutalement mise à l’épreuve le jour où il fut mordu par une créature des ténèbres. La douleur, la fièvre et la peur s’installèrent, et durant de longues nuits, Perryn sentit la mort rôder. Il survécut pourtant. Contre toute logique. Cette survie ne fut pas gratuite : elle le laissa marqué, hanté parfois, mais aussi profondément conscient que la chance n’est jamais acquise. C’est dans cet état fragile qu’il ressentit pour la première fois la présence légère et rieuse de Chaldira — non comme une promesse de protection, mais comme une invitation à continuer de tenter, encore et encore.
Devenu clerc, Perryn reprit la route, guidé par cette foi singulière. Il bénissait les voyageurs, aidait ceux que la fatalité semblait avoir oubliés, et intervenait là où d’autres baissaient les bras. Il avait un faible particulier pour les êtres jugés différents, abîmés ou incompris. Il savait, par expérience, ce que cela coûtait.
C’est ainsi que, sur une route secondaire menant vers de plus grandes cités, Perryn rencontra Nyx et Darius.
Nyx ne marchait pas seule. Darius veillait sur elle avec une attention silencieuse, presque discrète. Perryn remarqua d’abord le rythme précis du bâton frappant le sol, puis le bruissement d’ailes repliées, et enfin cette façon unique qu’avait Nyx d’écouter le monde avant de s’y engager. Là où d’autres auraient reculé ou jugé, Perryn reconnut une âme courageuse, façonnée par la nécessité de survivre.
Il ne chercha pas à s’imposer. Il se contenta de parler, de se présenter, de plaisanter un peu. Il laissa la chance agir. Peu à peu, la méfiance fit place à une confiance prudente. Perryn apprit à décrire les lieux avec simplicité, à annoncer les dangers avant qu’ils ne se manifestent, à adapter son rythme au leur. En retour, il sentit chez Nyx une écoute profonde, presque musicale, capable de saisir des nuances que lui-même n’aurait jamais perçues.
Ils firent plusieurs étapes ensemble. Les routes devinrent moins silencieuses, moins lourdes. Perryn pria souvent Chaldira pour Nyx — non pour la changer, mais pour que le monde lui laisse la place qu’elle méritait. Il voyait en elle un autre pari du destin : une existence née dans l’ombre, avançant pourtant avec une force tranquille.
Leur voyage les mena finalement à Absalom, vaste, bruyante, écrasante de possibilités. C’est là que Perryn entendit parler de la Guilde de Ravel, réputée pour accueillir des aventuriers aux parcours atypiques. Il s’y rendit avec Nyx et Darius, sans attentes particulières, sinon celle de trouver un point d’ancrage.
C’est en franchissant les portes de la guilde que le destin lui réserva une surprise inattendue. Parmi les visages familiers et inconnus, Perryn reconnut Edouard, un vieil ami perdu de vue depuis longtemps. Edouard était déjà là depuis quelque temps, intégré à la guilde, plus sûr de lui, mais toujours aussi bavard et entier.
Leur retrouvailles furent bruyantes, chaleureuses, presque irréelles. Pour Perryn, ce fut la confirmation que la chance ne se manifeste pas toujours sous la forme d’un miracle — parfois, elle prend simplement le visage d’un ami retrouvé au bon moment.
Aujourd’hui, Perryn avance avec Nyx, Darius et Edouard, ancré à la Guilde de Ravel. Il sait que chacun d’eux porte des mystères et des blessures que le temps seul pourra apaiser. Lui-même ne saura jamais pourquoi il a survécu à la morsure, ni pourquoi les dés ont continué de rouler en sa faveur.
Mais il a cessé de chercher des réponses définitives.
La chance, il l’a compris, n’est pas de tout comprendre.
C’est de ne pas marcher seul quand la route devient incertaine.
Et tant que les dés roulent encore, Perryn Pasdépines continuera d’avancer — avec un sourire en coin, une prière murmurée, et la certitude que même dans l’ombre, il existe toujours un pas de plus à tenter.