Thrain est un nain de taille moyenne pour son peuple, 1,35 m, mais bâti comme une enclume : épaules larges, torse épais, avant-bras noueux de forgeron. Il a la peau brune et couturée comme du vieux cuir, marquée par des cicatrices fines aux avant-bras et aux phalanges , les mains d'un homme qui a frappé du métal avant de frapper des gens.
Sa barbe est noire, coupée court et tressée en une seule natte serrée par un anneau de fer brut, martelé à la main. Il la garde disciplinée, à l'image de sa vie. Ses cheveux, il les rase presque entièrement, sauf une bande grise sur les tempes, chez les nains, c'est le signe d'un homme qui a vécu plus d'un siècle et vu tomber des compagnons.
Ses yeux sont gris-vert, enfoncés, avec cette façon qu'ont les nains de vous regarder sans ciller, comme s'ils pesaient votre âme au poids du fer. Sa voix est grave, basse et rare, c'est de là que vient son surnom, Voix-du-Fond : il parle comme un écho venu du fond d'une galerie, et seulement quand ça compte.
Il a une cordelette de cuir vide au poignet. Une bague de fer fendue au doigt, un anneau neuf à la natte. Une cicatrice en étoile dans le dos que personne n'a vue. Des mains poudrées de pierre claire, une sandale rapiécée au fil de cuivre. Aucune arme, jamais.
Côté vêtement, aucun apparat : une tunique de laine non teinte, un pantalon de cuir usé, et par-dessus un manteau sombre à capuche de voyageur. Ses pieds sont nus dans des sandales de cuir, ses jambes nues et noueuses comme des racines. À la ceinture, rien qui pende , pas d'arme. Un moine ne porte rien. Juste une cordelette au poignet gauche où sont enfilés de petits cailloux gravés, un par contrat honoré.
Il a constamment un air de calme minéral : assis, les pieds plantés, il ressemble à ces blocs que les nains laissent dans les vieilles galeries et qu'on jurerait sortis du sol.
Thrain est calme jusqu'à l'immobilité. Il écoute plus qu'il ne parle, et quand il parle, c'est court : trois ou quatre mots, jamais une phrase pour ne rien dire. On le croit lent ; il est seulement en train de peser. Il ne s'énerve pas, ne hausse jamais le ton, et c'est précisément ce qui rend ses rares colères effrayantes.
Il est têtu comme la pierre dont il est né. Une fois qu'il a dit oui, c'est oui, quoi qu'il en coûte. Réciproquement, on ne le fait pas changer d'avis par la flatterie ni par la menace, seulement par un argument qui tient debout.
Il a un reste de raideur monacale qui le rend maladroit en société : il prend les choses au pied de la lettre, ne comprend pas les sous-entendus, et répond aux questions rhétoriques comme si elles attendaient une réponse. Il ne boit pas, ne joue pas, ne rit presque jamais, mais quand il rit, c'est franc et ça surprend tout le monde.
Enfin, il est d'une honnêteté gênante : il dit ce qu'il pense, même quand ça vexe, et il refuse de mentir, même pour arranger un camarade.
Thrain n'a pas été chassé de Highhelm : il est parti en sachant qu'il ne reviendrait pas. Trop peu doué pour les galeries, trop orgueilleux pour qu'on le plaigne. Avant de descendre, il a passé vignt ans dans un monastère des contreforts, non par foi, mais parce qu'un corps brisé a besoin d'un endroit pour se refaire. Le cloître lui a appris la discipline ; il ne lui a jamais appris la sanction des résultats. C'est ce qu'il vient chercher à la Guilde de Ravel : être jugé sur ce qu'il fait, pas sur ce qu'il est. Et, sans l'avouer, vérifier s'il sait encore vivre parmi les gens.
L'intendant du Refuge, seule personne qui lui ait vraiment parlé depuis son arrivée. Personne d'autre dans la Guilde : des visages, pas des noms, pas d'alliés, pas d'ennemis, tout reste à écrire. Son clan, les Voix-du-Fond de Highhelm, qu'il a quitté sans retour : une lettre envoyée, aucune réponse, et leur bague fendue qu'il ne retirera jamais. Et le nom de sa mère, morte sous l'éboulis, qu'il ne dit qu'en privé.
Thrain est né à Highhelm, au cœur des quartiers profonds, dans le clan Voix-du-Fond, un clan modeste d'ingénieurs de galeries, pas de forgerons d'or. Sa mère mesurait les galeries en chantant : sa voix, renvoyée par les parois, disait à quelle distance se trouvait la salle suivante. C'est d'elle qu'il tient son surnom.
Il n'a jamais été bon à ça. Trop lent, trop peu sûr de lui dans les relevés. À vingt ans, la galerie familiale croisa un lac de gaz que personne n'avait détecté. L'explosion fit tomber quatre-vingt-quatorze mètres de tunnel, dont le poste de sa mère. Thrain survécut, mais resta sept jours coincé sous l'éboulis, les côtes brisées, c'est là, dans le noir, qu'il comprit que la douleur se respire et se laisse passer.
Incapable de retourner sous terre, il rejoignit les temples-taillés dans le calcaire des contreforts, où un ordre ascétique nain pratique le combat de la Grue, postures, souffle, patience de la pierre.
À trente-cinq ans, il a touché ce que les moines appellent le mur : la discipline ne répond plus. Le cloître lui avait appris à tenir, jamais à être jugé. Il est parti sans intention de revenir.
Il est arrivé à Absalom sans rien : une tunique de laine non teinte, un manteau sombre, des sandales rapiécées au fil de cuivre, et une cordelette vide au poignet gauche. Aucune arme.
Il a franchi les portes du Refuge, dans le Quartier des Étrangers, et s'est entretenu avec l'intendant, qui l'a écouté puis lui a posé trois questions précises. Il n'a pas encore signé le contrat.
Il ne connaît personne dans la Guilde de Ravel : quelques visages de vue, aucun nom. Tout reste à écrire. Ce qu'il attend du Refuge tient en peu de mots, un travail, une promesse tenue, un premier caillou à enfiler.