Uranui, comme elle préfère qu’on l’appelle, est une large femme. Pas seulement en taille, mais aussi en poids. Elle culmine à un peu plus de deux mètres, et pèse une bonne centaine de kilos. Sa peau est sombre, tannée, parsemée de tatouages noirs. Sa tignasse lourde, bouclée et noire est clairsemée de flammes bleutées, retenue par un bandeau et des lunettes. Ses yeux sont bleus clairs, légèrement luisants comme si des braises dansaient en permanence dans ses prunelles.
Elle porte de lourds vêtements sous une armure tout aussi lourde. Un large manteau bleuté recouvre ses épaules, et des gants de cuir recouvrent ses mains. Des sacoches pendent à sa taille.
Outre sa lourde armure, elle ne quitte jamais son marteau, une masse brutale et solide, amalgame de métal, de rouages et de scraps retrouvés, assemblés dans une arme massive.
Uranui, de son vrai nom “Uranui Kōhatu-Ahi-Kaihanga Takarokaro-Uri-Nui “ est née sur les berges du pays de Lakapuna.
Une vie simple, rythmée par les vagues, où les enfants se tournent rapidement vers la mer, la terre, ou les vents pour continuer la musique de la vie. Mais la petite fille aux cheveux littéralement en feu, elle ne prenait pas forcément part à la vie dans le petit village.
A vrai dire, elle était un peu à part. Plus grande que les autres enfants de son âge, des flammes qui dansaient parfois dans ses yeux ou ses cheveux. Elle ne jouait pas forcément et préférait rester seule.
Sa seule passion était de ramasser les différents objets étranges que les vagues envoyaient sur les rives. Coquillages, planches humides, tissus mouillés, ou autres curiosités qui s’échouaient sur la plage. Elle les ramassait, les examinait sous toutes les coutures, parfois les démontait en petits morceaux, et les rangeait sagement dans un coffre, dans sa maison. Sa malle à trésor, comme elle l’appelait.
Elle n’avait pas de parents biologiques. Ou du moins, elle ne les connaissait pas. Sa vie avait commencé dans les mains d’une vieille femme du village, qui l’avait trouvée parmi les vagues. Elle n’avait pas réfléchi et avait pris l’enfant dans ses bras. L’avait élevée comme sa propre fille.
Elle se fichait de ses vrais parents. Pour la petite fille aux cheveux enflammés, sa famille, c’était ce village. Les petits trésors qui s’échouaient sur la plage était ses jouets.
Et un jour, alors qu’elle n’avait que dix ans, elle découvrit un étrange objet. Quelque chose de rond, de fragile. Le sable s’infiltrait sous la coque de cuivre, et la paroi de verre était raclée par les vagues. Lorsqu’Uranui la prit dans ses mains pour la première fois, ses yeux bleus brûlèrent plus intensément. Le feu intérieur qui la consumait se mit à brûler. Ses cheveux s’enflammèrent de plus belle, les flammes prenant une couleur bleutée.
Les villageois furent étonnés. Quelle était cette chose étrange qui venait de s’échouer sur leurs plages ?
Uranui, elle, venait de trouver son trésor le plus précieux. Elle retourna rapidement à sa cahute, et entreprit de démonter l’objet. Un petit bâton en guise de tournevis, des coquillages pour tourner les vis de métal… Elle improvisait.
Et lorsqu’elle vit l’intérieur de la montre pour la première fois.. Ses grands parents adoptifs crurent qu’elle allait enflammer la maison. Ses yeux brillaient d’une flamme renouvelée, ses mouvements étaient devenus clairs, précis, et méthodiques.
L’objet, cependant, soulevait beaucoup de questions. Une semaine plus tard, un homme s’échoua sur les plages du village.
Recueilli, soigné et sauvé, l’homme se présenta comme Aleister, originaire d’Alkenastre. Mage de son état, il était en état de choc, mais encore suffisamment lucide pour reconnaître les morceaux de métal qu’étaient devenue sa montre entre les mains d’Uranui. Sans s’énerver, il lui demanda si elle avait aimé démonter sa montre. Il reconnaissait son talent pour la technologie, bien que ce soit un concept très lointain pour le petit village.
Il vit en elle une apprentie, et pas une sauvage qui vivait en harmonie avec la nature. Réussissant à se reconstituer un grimoire de fortune, il parvint à contacter son pays natal, ses amis. Et négocia un voyage retour vers l’Alkenastre, en l’emmenant avec lui, pour qu’elle découvre la technologie.
Lorsque le bateau arriva devant le village, les habitants furent ébahis. Mais pas Uranui. Elle était émerveillée. Les voiles, les rames, tout la fascinait. Avec la bénédiction de ses parents, la petite fille de feu monta à bord, avec pour seul bagage un petit baluchon de vêtements et quelques-uns de ses effets personnels.
Elle était surexcitée à l’idée de découvrir le reste du monde, loin de son petit village, l’endroit qu’elle avait toujours connu. Déjà sur le navire, elle s’intéressait à tout, posait des questions sur tout.
Et son arrivée en Alkenastre fut le début d’un baby-sitting extrêmement épuisant pour Aleister. Il avait promis à sa famille adoptive de prendre soin d’elle, mais il était loin d’imaginer qu’elle se montrerait aussi enthousiaste et intrépide à l’idée d’apprendre.
Uranui montra dès ses premiers jours des dispositions à la création mécanique.. mais aussi une force certaine. Elle était plus costaude, plus grande que la plupart des enfants de Martel.
Et cela devint une évidence avec le temps.
A l’âge de quinze ans, elle était plus grande qu’un homme adulte, plus large, et capable de manier des armes lourdes avec aisance.
A dix-huit ans, elle inventait sa première arme. Un marteau à sa taille, gigantesque, lourd, grotesque amalgame de pièces récupérées, solide et massif.
A vingt ans, elle se battait à armes égales avec les hommes mal intentionnés qui avaient de mauvaises intentions.
A vingt-deux ans, son arme était finalisée et fonctionnelle. Et elle était prête.
Aleister n’avait plus rien à lui apprendre. Il lui proposa de reprendre son petit atelier, mais elle refusa.
Visiter et vivre à Martel, en Alkenstar, lui avait donné envie de voir le monde. Elle salua son maitre, ramassa ses affaires et son marteau (le bien nommé Pression), et quitta la ville. Elle prit le premier bateau qui partait d’Alkenstar.
La première et unique escale qu’elle fit, fut Absalom, la cité au centre du monde.
Et sa première réalisation fut à quel point sa bourse était vide.
Un long soupir s’échappa d’elle, et elle chercha un moyen de remplir sa bourse. Pression sur son épaule, elle poussa les portes de la première guilde de mercenaires qu’elle croisa, espérant qu’ils acceptent les débutants.