Astrandielle est une elfe de taille moyenne, à la peau pâle et aux longs cheveux noirs à pointes blanches. Ses yeux à sclère noire arborent des billes bleutées sombres en guise de prunelles. Un discret maquillage orne ses lèvres, et des tatouages ésotériques (une tentative vaine de sceller sa magie) décorent une partie de son visage.
Elle porte des vêtements sombres, près du corps, ornés de divers médaillons et bijoux argentés, une gemme bleue ornant sa gorge.
Le vingt-et-un de Kuthona, sous un ciel pourtant saturé d’étoiles. Lors de la fête du Cristal, alors que les fêtes battaient leur plein, une petite fille aux yeux constellés comme la nuit naquit.
Dans les profondeurs argentées d’une antique forêt elfique, les augures du clan observèrent les constellations vaciller comme des flammes agitées par un vent invisible. Une à une, certaines disparurent du firmament… avant de réapparaître à des positions impossibles, un instant, puis reprirent leur place dans la toile nocturne.
Les anciens du clan appelèrent cela la Nuit Renversée.
Sa famille, les elfes de la maison Elevarys, vivait loin des royaumes humains, au cœur de sanctuaires bâtis autour d’observatoires de pierre blanche et de lacs nocturnes, dans les coins reculés du Kyonin, entre Century Root et Greengold. Des oracles, ceux qui interprétaient les messages dans les subtils changements des étoiles, et se chargeaient de prévenir les concernés par leurs visions. Ils étaient des gardiens du ciel, des mages, des lecteurs d’étoiles et des interprètes des songes. Chez eux, les enfants recevaient leur nom après leur première vision astrale, qui arrivait en général vers leurs premières années.
Mais Astrandielle ne rêva jamais comme les autres.
Sa première vision apparut lorsqu’elle avait six ans. Une horrible vision, qui lui tordit l’esprit et la rendit si raide que ses parents dûrent appeler un guérisseur pour la calmer. Elle hurlait, si fort que les vitres tremblaient, que les plantes se flétrissaient avant de reprendre leur formes et couleurs. Et lorsque sa vision se calma, elle ne put que se remémorer les deux yeux dans le ciel qui l’avaient observé.
Très jeune, elle commença à percevoir des choses que nul autre ne voyait : des silhouettes mouvantes entre les étoiles, des constellations qui semblaient la fixer en retour, des voix murmurées dans les espaces vides entre les mondes. Parfois, les lanternes s’éteignaient sur son passage. Parfois, les reflets dans l’eau semblaient lui répondre avec un léger retard. Et certaines nuits, on pouvait l’entendre chantonner des paroles dont elle n’avait aucun souvenir au lever du soleil.
Les prêtres lunaires hésitèrent longtemps entre bénédiction et malédiction. Les augures stellaires se posaient des questions. Les guérisseurs solaires ne diagnostiquaient rien de maladif, mais un soupçon de malédiction, dont ils ne parvenaient à déterminer l’origine.
On l’étudia. On l’observa. On pria pour elle.
Mais plus elle grandissait, plus l’évidence devenait difficile à nier : sa magie ne suivait pas les lois du ciel connu. Elle semblait venir d’ailleurs — d’un endroit que même les astrologues les plus savants refusaient de nommer à voix haute, pour peu qu’ils en soient capables (ce qui n’était pas le cas).
Astrandielle, elle, ne voulait ni être un présage ni une aberration.
Elle voulait comprendre.
Pourquoi les étoiles semblaient-elles réagir à sa présence ?
Pourquoi ses rêves se transformaient-ils parfois en visions qui se réalisaient ensuite ? Pourquoi sa magie transformait ses bras en tentacules visqueux chaque fois que ses bras étaient trop courts pour toucher les siens et les soigner ?
Et surtout… pourquoi avait-elle parfois l’impression que “quelque chose” observait le ciel à travers elle ?
Incapable de trouver des réponses dans les limites rassurantes de son peuple, elle prit une décision qui brisa les traditions : elle s’exila.
Sans cérémonie, sans adieux publics, elle quitta son clan et les observatoires de son enfance. Elle suivit les routes du monde, en quête de lieux où le voile entre les réalités semblait plus fin, là où les réponses pouvaient exister — ou du moins, où les questions pouvaient changer.
Son voyage fut long, chaotique, souvent solitaire. Elle échangea ses connaissances contre des repas, sa magie contre la protection de caravanes, ses visions contre des fragments d’informations volés à des érudits, des charlatans et des prophètes de passage.
Et finalement, ses pas la menèrent jusqu’à Absalom, la Cité au Centre du Monde.
Immense, bruyante, infinie dans sa diversité, Absalom n’avait rien des sanctuaires silencieux de son enfance. Mais justement, c’était cela qui la rendait précieuse : ici, tout existait. Les dieux, les démons, les secrets, les menteurs, les savants… et peut-être, quelque part dans cette foule sans fin, les réponses qu’elle cherchait.
Cependant, la réalité s’imposa vite : elle était étrangère, sans ressources, sans contacts, et ses connaissances célestes ne suffisaient pas à payer un toit.
À court d’argent et d’options, Astrandielle fit un choix pragmatique : elle s’engagea dans une guilde de mercenaires.
Ce n’était pas un abandon de sa quête, mais une nouvelle voie. Car les contrats la mèneraient partout où Absalom tendait ses fils : ruines oubliées, cultes étranges, artefacts interdits, explorations dangereuses. Et chaque mission pouvait devenir une opportunité — de rencontrer des esprits singuliers, de croiser des érudits cachés, ou de découvrir des fragments d’un savoir lié à ses pouvoirs.
Elle ne cherchait pas la gloire. Ni même la fortune. Seulement des réponses.
Et dans les nuits d’Absalom, lorsqu’elle lève les yeux vers un ciel masqué par les tours et les lumières de la ville, une certitude silencieuse l’accompagne : si quelque chose, là-haut, l’a remarquée autrefois… alors tôt ou tard, elle remarquera à son tour ce qui l’a touchée.