Namue est une elfe de taille moyenne, à la peau grisâtre. Sur ses sclérotiques noires brillent deux billes bleutées. Sa tignasse est coupée courte, noire, parsemée de mèches blanches. Des tatouages d'une couleur bleutée claire parsèment son corps.
Habillée simplement d'une robe noire entrelacée de quelques sangles et longues manches, quelques bijoux d'argent complètent sa tenue.
De carrure fine, délicate et particulièrement frêle, l'elfe est souvent accompagnée d'un serpent noir et or, lové sur ses épaules.
Elle naquit sous un ciel que les augures refusaient de lire. Jamais l'on ne la berça, sans la
tenir comme une bombe prête à exploser. Les prédictions et visions de ces vieux elfes
encapuchonnés prédisaient le malheur, à quiconque la toucherait.
Les anciens murmurèrent qu’elle porterait malheur, et nul ne contesta la prédiction.
On l’éloigna, doucement d’abord, puis avec crainte.
L’enfance lui apprit très tôt la solitude. Les autres enfants la regardaient avec crainte. Haine.
Terreur. Elle ne leur rendait jamais leur regard.
Dans ses rêves, elle voyait souvent une tour noire et des yeux rouges pourpres qui la
fixaient depuis l'obscurité. Jamais elle ne comprit cette vision. Jamais elle n'en parlait.
À peine eut-elle passé la vingtaine qu'on la décréta exilée. Bannie, avec pour seule
compagnie un sac d'aventurier.
Une vie d'errance. Jusqu'à ce qu'elle ne rencontre Vaelyr. Un elfe, comme elle — érudit,
nécromancien, toléré mais jamais aimé.
Il lui apprit à comprendre la magie. Comment les fils invisibles de la puissance pouvaient
tourner pour tisser le plus beau des sortilèges. Il lui apprit a identifier la magie.
C'était une belle amitié.
Puis, un soir, il tenta de prendre plus que ce qu’elle lui devait, si tant est qu'elle lui devait
quelque chose. Elle se débattit, autant qu'elle le pouvait. Ce fut lorsque le bruit d'une dague
qui s'enfonce dans la chair. Dans la chair de Vaelyr. Que le sang ne s'échappe de la gorge
de celui qui avait tenté de la prendre par la force. Elle continua de poignarder, remplie d'une
haine incontrôlable, d'une rancœur envers lui. Envers le monde.
Dans l'obscurité, une chose posa son regard sur cette elfe remplie de rancune.
Elle partit sans se retourner, laissant derrière elle le foyer qu’elle n’avait jamais eu.
Elle marcha longtemps, dormant peu, rêvant trop.
Une nuit, une silhouette aux crocs d’ombre et aux yeux pourpres la visita.
Elle lui offrit la puissance en échange de la rancune qui l'habitait.
Au matin, un serpent noir et or l’attendait.
Il se nomma Heine, et parla depuis lors dans les replis de sa conscience.
Ses marques apparurent sur sa peau comme des fils tissés par une entité invisible.
Elle apprit à voir les fils invisibles qui lient les fautes à leur châtiment.
Des compagnons vinrent et repartirent — Darius, Perryn, Edouard.
D'abord Darius. Un jeune garçon pâle, bavard et souriant, qui se tenait sous la pluie. Seul.
Comme elle. Peut-être … Était-ce un instinct, mais elle lança un sort de Prestidigitation pour
le sécher. Ainsi naquit une nouvelle amitié.
Une autre amitié vint avec les rencontres de Perryn et Édouard. L'un au tempérament aussi
enflammé que ses cheveux, et l'autre qui ne jurait que par la chance. Deux énergumènes
avec qui elle apprécie de voyager un temps, à travers la Varisie.
Quand la route l’appela de nouveau, quand les voix dans les ombres et les rêves se firent
plus insistante, elle quitta ses compagnons, pour errer à nouveau.
Aujourd’hui, elle se nomme Namue.
À Absalom, à court d'argent, elle se résigna à prendre un travail de mercenaires. C'est avec
un long soupir qu'elle poussa la porte de la guilde de Ravel.