Nyx est une petite fetcheline, d’apparence assez jeune. D’environ 1.40m de haut, oreilles comprises, sa peau est grise, sans couleur. Ses cheveux sont d’une couleur violacée sombre, se terminant par des pointes blanches. De sous sa tignasse dépassent deux grandes oreilles semblables à celle d’une chauve souris. Son visage est partiellement masqué par un bandeau qui couvre ses yeux.
De carrure plutôt frêle, elle porte une armure de cuir par-dessus une longue robe noire, qui recouvre entièrement ses pattes griffues. Dans son dos s’étendent deux ailes colorées dans des tons violets et bleu pâle, semblables à celle d’une chauve-souris.
Elle porte un bâton auquel elle se tient comme à une canne de marche, et une petite sacoche pend à son coté.
Sous son bandeau, son orbite droite est vide. La gauche, en revanche, est remplie par un objet rond, visiblement fait de métal gris, qui a la forme d’un œil.
Mon premier souvenir dans ce monde est empreint de solitude et de peur : je gisais dans une ruine humide, un nourrisson aux ailes difformes à peine formées, des grandes oreilles, trop grandes pour ma petite tête, qui captaient le moindre son, le souffle court et les cris d’une vie qui s’éloignait déjà. Ma malédiction, cette moitié de chauve-souris qui me distinguait des autres enfants, avait provoqué l’horreur chez ceux qui auraient dû m’aimer, et m’avait condamnée à l’abandon. Le froid me prenait au corps, et je sentais déjà, bébé, la mort m’engloutir comme la gueule d’un monstre.
C’est lui qui m’a trouvée. Mon père adoptif. Je n’ai jamais vu son visage, ni su ce qu’il était vraiment. Tout ce que je sais, c’est que ses mains étaient froides mais étrangement réconfortantes, et que sa voix, douce et persistante, s’est gravée dans mon esprit. Même lorsque je croyais être seule, il était là, et à force de l’écouter, j’ai appris à percevoir le monde à travers le son, à comprendre les formes et les distances, à lire les émotions dans le souffle des êtres vivants.
La musique est devenue mon refuge et mon langage. C’est elle qui m’a permis de respirer, de survivre, et de découvrir que ma malédiction, loin d’être une faiblesse, pouvait devenir une force innée, un talent que personne d’autre ne possédait. Les sons, les odeurs, tout devenait un repère pour moi.
Mon “Père” n’a jamais su ce que j’étais vraiment. Il m’a dit que j’étais une fetcheline, et c’était ce qui nous rapprochait. Nous parlions en langue des ombres de la manière la plus naturelle. Mais je sentais autre chose: ses griffes dans mes cheveux qui frôlaient des oreilles qui n’avait rien de fetchelin. Il caressait mes ailes pour les nettoyer, avec délicatesse. Je n’étais pas totalement fetcheline, et j’en étais bien consciente. Mais tant qu’il me protégeait, tout allait bien, peu importe qui j’étais. J’étais bien consciente que j’avais sûrement été abandonnée à cause de mes difformités, mais il n’en n’avait cure. Il était gentil, doux, et malgré ses griffes, je me sentais à l’aise avec lui. Malgré cette “malédiction” qui m’affectait, me transformait, il n’avait jamais cessé de m’aimer comme sa propre fille.
Il me décrivait les alentours, le ciel, les animaux sauvages qui passaient, toujours avec patience et douceur. Il guidait mes mains pour toucher et ressentir les fleurs, le sol, la terre, les murs, de ses griffes froides et dures, me protégeait lors qu’il y avait du danger. Il l’avait toujours fait.
Ma vie aurait pu continuer ainsi, en retrait, protégée et cloîtrée, si ce jour-là je n’avais pas entendu les sons de la bataille. Le fracas, les cris, le chaos… et cette voix dans ma tête, plus urgente que jamais, qui me criait de fuir, loin. Je n’ai pas cherché à comprendre, je n’ai pas hésité. J’ai attrapé mes affaires, ce petit sac préparé en cas d’urgence par mon père, qui portait encore son odeur, et j’ai quitté la seule maison que j’avais jamais connue.
J’ai couru, loin du bruit, loin des cris, loin du fracas de l’acier contre la chair. J’étais terrifiée. Perdue. Complètement seule, désormais. La peur envahit mon coeur. Qu’allait-il m’arriver si je tombais sur quelqu’un qui me pensait monstre ? Quel serait mon avenir si la première personne que je croiserais me traiterait d’abomination ?
Le monde extérieur était désorientant. Chaque pas, chaque son, chaque odeur me semblait un défi. Et pourtant, parmi cette étrangeté, j’ai trouvé quelqu’un. Quelqu’un qui ne m’a pas jugée sur mon apparence, mais qui a pris soin de moi. Sa main était froide, mais pas gelée. Suffisamment rassurante pour que je lui fasse confiance. Son nom était Darius.
Un jeune dhampir voyageur qui m’a pris sous son aile et m’a offert un œil magique, une étrange prothèse pour que je puisse enfin “voir” ce que mes oreilles me décrivaient depuis toujours. Sur son conseil, j’ai teint mes cheveux en violet, une couleur qui selon lui m’allait, comme une manière de marquer mon entrée dans ce monde inconnu, de créer mon propre reflet, ma propre identité.
En voyageant à ses côtés, nous avons rencontré Perryn et Edouard, deux âmes bruyantes et joyeuses qui semblaient capables de faire sourire même les pierres. Avec eux, les routes sont devenues moins solitaires, et chaque auberge, chaque clairière, chaque ville prenait des couleurs que je n’aurais jamais pu imaginer.
Finalement, nos pas nous ont menés à Absalom. Là, nous avons trouvé la guilde de Ravel, réputée et respectée. J’y ai trouvé un nouveau foyer, un lieu où mes compétences, mon oreille et mon courage avaient leur place.
Je continue à avancer, consciente que mon passé est fait de mystères que je ne connaîtrai jamais, que quelque chose a transformé mon corps en autre chose de nouveau, quelque chose qui n’est ni tout à fait fetchelin ni tout à fait animal. Je sais que mes parents biologiques m’ont abandonné. Que j’ai été recueillie par quelqu’un que j’ai appelé “Père” pendant longtemps. Je ne saurai jamais pourquoi il l’a fait, ni d’où il venait exactement, mais je sens que cette part de moi, cette étrange rencontre, fait désormais partie de mon chemin, tout comme mes difformités. Mes jolies petites étrangetés.
Et ainsi, chaque jour, j’apprends à écouter le monde, à trouver la beauté dans ses sons, à créer ma musique et à tracer ma route, une note après l’autre, dans l’ombre et la lumière.