Une jeune femme plutôt grande et fine avec le teint blafard cendré, des yeux d'or et une chevelure noire retenue dans un chignon. Elle porte un yukata masculin noir et argent, laissant apercevoir des marques étranges au fer rouge cerclant le cou et les poignets ainsi qu'un pendentif tenant une obsidienne.
Son ombre se meut indépendamment de sa propriétaire, et si quelqu'un s'y attarde un peu trop longtemps, deux billes vertes apparaissent pour fixer en retour.
Depuis aussi longtemps qu’il s'en souvienne, Sullivan a toujours été orphelin. Plutôt solitaire, il n’a pas d’ami d’enfance. Il survit difficilement dans les - très - sombres ruelles de la Sombre Absalom. Malgré l'aide de la communauté de kayals qui le recueillit, le vol à l’étalage était son gagne-pain. Remarqué une première fois par un groupuscule de voleurs, Sullivan est utilisé comme bouc émissaire lors d’un casse dans une échoppe de magie occulte. Ne se laissant pas abattre, il fait tout pour prouver son innocence, y compris enquêter par ses propres moyens. Malheureusement, il n’a pas eu gain de cause. Cependant, ceux qui l’ont accusé ont vu en lui un potentiel et proposent un compromis : Sullivan enquête pour eux et le gang abandonne les poursuites.
Sullivan grandit non dans la bienveillance parmi les siens, mais dans le vice et la loi du plus fort. Chaque communauté de kayals est différente sauf sur un point : la loyauté. Même si l'un ne partage pas le même sang qu'un autre, tous sont de la même grande famille. L'entraide et la dévotion sont ce qui les préservent d'une mort tragique et injuste dans un milieu aussi hostile que le Plan des Ombres. Pourtant, cette protection et cette communauté ne sont pas suffisantes pour éteindre l'espoir de justice et le rêve d'un avenir meilleur pour le kayal encore juvénile.
Durant la fin de son adolescence il tend l'oreille, jette un œil aux conversations et secrets pour chercher une issue, une voie vers la liberté. La Sombre Absalom a son lot de lieux de débauche ou de divertissement, voire même des commerces attrayants pour les visiteurs d'outre-plans. C'est dans un cabaret qu'il infiltre que réside la solution pour quitter son cauchemar. L'une des danseuses aurait reçu la confession d'un voyageur sur une faille pour rejoindre le plan matériel. Cette femme avait vécu bien trop longtemps entre ces murs, une cage dorée au sens propre et figuré. Derrière les barreaux, la kayal garde le dos tourné tandis que Sullivan entre en contact avec elle. Une conversation murmurée, rapide, dangereuse, révélant un chemin dans une ruelle discrète où le voyageur était passé. N'ayant plus de temps à échanger, ce sera la dernière fois que Sullivan voit cette kayal. Il quitte la bâtisse, accordant une dernière pensée pour la danseuse avant de rejoindre la ruelle qui le mènera à son rêve.
En suivant les instructions à la lettre, le kayal traverse la faille et émerge dans un nouveau monde, bien que très ressemblant à celui qu'il a connu. Venant d'un triste reflet incomplet, Absalom apparaît bien plus grandiose et lumineuse qu'il ne le pensait. Une nouvelle vie bercée de premières fois assez déstabilisantes, comme les rayons du soleil provoquant une atroce migraine pendant plusieurs jours ou encore la fabuleuse découverte des couleurs. Sullivan, désorienté, erre dans la ville. Sur la place du marché il rencontre un riche marchand itinérant nommé Quan Fen [prononcé Kwan Fèn] ; un humain tian venant de la ville portuaire de Zetang à Tianjing vendant ses articles peu communs. Il lui raconte avec entrain sa vie et l’histoire de ses produits phares : des éventails à plumes de tengu, des tongs des ombres, divers objets ou ornements bénis et des fourrures exotiques. La joie de vivre du marchand contamine Sullivan, qui partage en retour un bout de son histoire. Quan Fen ému, propose alors un travail de garde du corps pour l’aider à démarrer sa vie ; le kayal accepta avec un rare sourire. La mission consistait à voyager d’Absalom jusqu’à la maison du marchand, au Tian. Un trajet assez long mais lucratif pour le commerce, avec quelques péripéties : c’était sa route de la soie à lui. Le premier arrêt à Alkenstar City, marque à jamais les aptitudes martiales du kayal adoptant la maîtrise de l'arquebuse, premier cadeau de Quan Fen qui l'accompagne encore aujourd'hui.
Anecdotes du voyage avec le marchand :
‘-> Le Miroir Sans Reflet (Kalsgard)
En traversant les nombreux marchés de Kalsgard, Sullivan a repéré un miroir ancien dans une boutique de curiosités. Mais son reflet n’y apparaissait pas. Quand il l'a frôlé, une silhouette sombre — son double d’ombre — a brièvement tenté de l’agripper. Il a fait voler le miroir en éclats sous le regard horrifié du propriétaire... qui a ensuite offert l’objet brisé gratuitement pour qu’il parte au plus vite.
‘-> Le Pacte du Carrefour Gris (Couronne du Monde)
Dans une région nébuleuse de la Couronne du Monde, le convoi a été stoppé par des brumes anormales. Sullivan a vu un vieux cavalier masqué surgir d’un sentier qui n’existait pas quelques instants plus tôt. Ce dernier a proposé un "duel de silence" pour laisser passer les voyageurs. Sans parler, les deux se sont affrontés aux gestes et à l’intention. Le garde a gagné... mais depuis, son ombre s’agite parfois indépendamment.
‘-> Le Singe aux Cent Doigts (Forêt des Esprits)
En longeant la lisière des forêts interdites, Sullivan a dû affronter un singe corrompu par une essence chaotique — la créature avait des mains humaines supplémentaires qui poussaient de ses flancs. La bête fut vaincue, mais une des mains a ensuite tenté de s’agripper à la jambe du marchand durant leur sommeil. Ils l’ont fait brûler au feu sacré d’un temple local.
‘-> Les Larmes du Messager (Minkai)
Au passage d’un col, un messager mort a été retrouvé, tenant une lettre adressée à un être aimé. Sullivan voulait l’ignorer, mais Quan Fen a insisté pour transporter la lettre. Le garde l’a livrée, et une semaine plus tard, une prêtresse aux habits tigrés l'a trouvé dans une taverne et lui a remis une amulette porte-bonheur en silence.
‘-> Le Vin de la Langue Perdue (Tianjing, Zetang)
Convié à un banquet dans une maison noble, Sullivan a été contraint de goûter à un vin rare, dit "des oubliés", censé célébrer les invités venus de loin. Pendant une heure, il a perdu la capacité de parler toutes les langues sauf celle du Royaume des Ombres. Seul le vieux patriarche de la famille Tian l’a compris... et lui a demandé de raconter une histoire qu’aucun autre ne devait entendre.
Le voyage touchait à sa fin, le marchand et le garde avaient lié une amitié solide et sincère. Sur le palier de la maison de Quan Fen, le kayal se sentait triste et redoutait de ne plus voir son ami, et même de retrouver la solitude. Voyant l’expression de Sullivan, l’homme l’invita à entrer et lui proposa à nouveau un travail de garde, cette fois-ci à durée indéterminée. Il continue sa vie de garde, se faisant même une place parmi les locaux et ses collègues.
Presqu'une décennie de vie et de service s'écoule dans la paix et le bonheur, jusqu'à ce qu'un drame brise à jamais cette tranquillité. Quan Fen s’était attiré des ennemis au fil des années de commerce dans le monde ; l’un d’eux passa à l’acte et tua de sang-froid le marchand. Sullivan, n’ayant pas eu le temps de le protéger, poursuivit l’assassin et attrapa sa cape ; son œil s’attarda sur le fourreau portant la signature d’un artisan, marque qu'il aperçut en Absalom il y a longtemps. L’ennemi finit par s'échapper, mais le garde savait désormais où chercher en premier lieu.